Audiovisuel

Salam I

Le Liban est profondément marqué, par une très longue guerre: morts, blessés de guerre, malades psychiques, réfugiés, toxicomanes, chômeurs, pauvreté, maisons détruites...

Le reportage audio-visuel [Salam - Paix pour le Liban] essaie de présenter ces terrifiantes conséquences. Il ne procure pas d'analyse politico-militaire, mais souligne plutôt les besoins et les souffrances des hommes touchés. Dans ce reportage, les statistiques des morts et des blessés ne sont pas les plus importantes, mais le regard est porté sur les individus qui, toute leur vie, supporteront leurs souffrances physiques ou psychiques. Les êtres devenus orphelins ou n'ayant plus aucune perspective d'existence ne sont pas oubliés non plus.

Néanmoins, le reportage apporte quelques informations primordiales sur le pays, afin de mieux saisir sa situation particulière. Le livret contient lui des informations supplémentaires.

Ce reportage pourrait être utilisé de plusieurs façons, mais il sert essentiellement deux objectifs: informer et motiver. Il transmet des informations sur le Liban et nous rapproche des détresses multiples des êtres concernés par la guerre. Au contact de tant de souffrances, la solidarité, se réveille et pousse à l'entraide.

Remarques sur le déroulement politico-militaire du conflit du Liban

Le Liban était soumis à l'administration turque jusqu'à la fin de la Première Guerre mondiale. Par le traité de paix de Sèvres en été‚ 1920, l'ensemble de la région du Proche-Orient fut départagé entre la Grande Bretagne et la France. La France obtint le mandat sur le Liban et la Syrie.

Depuis des siècles, les régions difficilement accessibles du Liban accueillirent les minorités religieuses et, surtout depuis l'hégémonie ottomane pendant laquelle le Liban a joui d'une relative autonomie. Les Français et d'autres puissances européennes agrandirent cette autonomie en dictant à l'Empire ottoman la création d'une province autonome appelée , où le Consul européen gouvernait. Les Français se présentèrent comme protecteurs des chrétiens et créèrent un point d'appui dans la région. En 1920, les Français ajoutèrent d'autres régions au Mont Liban. Ainsi fut créé l'Etat libanais moderne.

Après l'indépendance en 1943, le Liban jouit pendant 30 ans d'une économie florissante, alors que la Syrie, affaiblie par trois guerres contre Israël et les conséquences de sa politique de nationalisation stagnait économiquement. Le système libéral du capitalisme libéral (voire anarchique), accompagné de politique libérale et de situation géographique idéale, faisait de Beyrouth le centre bancaire et commercial du Proche-Orient. Il y attirait le flux des capitaux arabes. Dans les années soixante-dix, plus d'un demi-million de Syriens travaillaient au Liban.

A partir de 1960, il devenait difficile d'apaiser les tensions sociales et politiques. La politique libanaise de la proportionnelle contenant l'accord écrit de la prédominance politique chrétienne ainsi que l'attribution des postes-clés aux chrétiens furent rejetés manifestement par les musulmans. Ceux-ci prétendaient que le rapport démographique était en leur faveur.

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Au cours des années, des conflits internes déchirèrent les milices musulmanes et les poussèrent à s'enfoncer encore plus dans leur soumission aux Syriens. La milice Amal, qui contrôlait depuis 1984, la majeure partie de Beyrouth-Ouest et depuis 1985, le Sud Liban, prit de l'importance grâce au soutien financier de l'Iran. Au cours de 1983/84 surgit une profonde rivalité entre Amal et le Hezbollah - 'Parti de Dieu', dans le milieu chiite, ce qui les sépara du PSP druze, leur allié principal. En février 1987, sans se soucier des protestations des chrétiens, les hommes politiques musulmans appelèrent l'armée syrienne à venir mettre fin aux durs combats entre Amal et le PSP. L'armée syrienne pénétra dans la ville avec 8000 hommes équipés de leurs armements lourds. En mai 1988, les Syriens observaient des semaines durant, s'entre-déchirer les rivaux chiites Amal et Hezbollah, jusqu'au moment propice où ils pénétrèrent dans Beyrouth-Ouest et y occupèrent les points stratégiques.

Lorsqu'en été 1988, le mandat d'Amin Gemayel toucha à sa fin, les dirigeants musulmans, ne voulant ou ne pouvant pas assumer leur responsabilité politique, offrirent aux Syriens de négocier avec les chrétiens, à leur place, l'élection du nouveau président. Berri et bien d'autres lièrent l'élection présidentielle aux profondes réformes du système politique qui devait consister à faire élire le Président par le parlement libanais. On renonça à cette exigence lorsque les Syriens proposèrent à l'élection présidentielle leur candidat, Souleiman Frangié, leur plus fidèle vassal chrétien. L'élection échoua suite au boycott des députés chrétiens. Il en fut de même pour un autre candidat pro-syrien.

Dans le dernier quart d'heure de son mandat, et selon la Constitution libanaise, Amin Gemayel désigna le général de l'armée libanaise Michel Aoun au poste de chef du gouvernement par intérim formé par des officiers. Comme prévu, les officiers musulmans refusèrent de s'asseoir avec le nouveau gouvernement, et, tout en le rejetant, les dirigeants pro-syriens renouvelèrent leur confiance aux anciens ministres. Ils reconnurent l'ancien gouvernement présidé par Salim al Hoss comme étant le seul gouvernement légitime. Il faut rappeler que celui-ci paralysait depuis des années le fonctionnement du gouvernement d'union nationale.

Les troupes de choc de l'armée légale libanaise, ainsi que le gros de l'infrastructure militaire se trouvaient concentrés dans l'enclave chrétienne et demeuraient loyaux au Général Aoun. Ces 6 brigades de 15'000 hommes au total comptaient 20 % de musulmans, surtout des sunnites du nord pour la plupart opposés aujourd'hui encore à l'hégémonie syrienne. La milice chrétienne 'Les Forces libanaises', forte de 4 à 6 mille hommes, très bien armés, se déclara également solidaire du Général Aoun. A la différence de son prédécesseur Amin Gemayel, Aoun rejeta tout compromis politique qui permettrait aux Syriens de s'ingérer dans les affaires du pays. Aoun déclara aussi le gouvernement fantoche de al Houss illégal et ses décisions nulles et non avenues. Sa toute première action militaire, en février 1989, prit pour cible, dans sa propre zone, les milices chrétiennes. Les 'Forces Libanaises' renoncèrent à l'‚preuve de force avec l'armée libanaise, après un jour seulement. Cette action s'expliquait par les divers comportements arbitraires de ces mêmes Forces Libanaises qui voulaient s'ériger en forces parallèles au pouvoir légal de l'armée libanaise.

Aoun parvint à fermer les ports contrôles par les milices musulmanes et imposa même, grâce à ses minimes forces marines et aériennes, un blocus maritime du port situé au sud de Beyrouth. Ses ennemis ripostèrent en bombardant avec l'armée syrienne les ports chrétiens. En mars 1989, Aoun déclara 'la guerre de libération nationale' contre l'occupation syrienne.

Avec ce choc frontal contre les Syriens, Aoun espérait attirer à nouveau l'attention de l'opinion internationale au problème libanais. Il comptait obtenir son soutien, mais aussi s'allier la majorité silencieuse musulmane. Ces deux objectifs ne furent que partiellement atteints. Contrairement à leur attitude de 1982/83, les Américains causèrent la plus profonde déception en cautionnant l'occupation du Liban par la Syrie et en le déclarant zone d'influence de ce pays. Les Américains escomptaient des compromis de la part des Syriens dans leur conflit avec Israël. La France est la seule puissance occidentale qui, à plusieurs reprises, prit position contre la Syrie. En envoyant sa flotte près des côtes libanaises, elle obligea la Syrie à renoncer à ses violents desseins, pour un certain temps du moins. Le régime iraqien encouragea aussi l'initiative du Général Aoun. L'accord de Taëf allait provoquer de profonds bouleversements au Liban. Le 30 septembre 1989, 63 députés (73 au total) se réunirent à Taëf, en Arabie Saoudite.

Leur dernière élection avait eu lieu en 1972. D'après la Constitution libanaise, le mandat de ses députés n'était plus valide. Et c'est le moins qu'on puisse dire, la tâche qui leur incombait étant avant tout l'amendement de cette même Constitution. Dans l'accord du 23 octobre 1989, ces mêmes députés approuvèrent l'occupation syrienne et anticipèrent l'union du Liban avec la Syrie. Le 1er novembre, les cinq membres du Conseil de Sécurité de l'ONU exigèrent des Libanais l'acceptation de l'accord de Taëf et l'élection d'un Président. Pourtant ce même Conseil de Sécurité avait auparavant décrété trois résolutions qui stipulaient le retrait de l'armée syrienne du Liban.

Le 2 novembre 1989, René Moawad fut élu président. Il sera assassiné 20 jours plus tard après avoir réclamé le retrait de l'armée syrienne du Liban. Le 24 novembre, les députés, réunis à Chtaura, quartier général de l'armée syrienne au Liban, ont élu Elias Hraoui. Dans son premier discours, Hraoui proclama son attachement à l'accord de Taëf. Les Américains approuvèrent également cet accord et le 20 août 1990, l'Ambassadeur des USA, à Damas, déclara que son pays souhaitait une application immédiate de l'accord de Taëf. Le lendemain, le texte fut entériné par l'Assemblée nationale. C'est la plus importante réforme constitutionnelle qu'ait connue le Liban depuis son indépendance, en 1943. Le 13 septembre 1990, James Baker, le secrétaire d'Etat américain se rendit à Damas o— les modalités du règlement des crises du Golfe et du Liban furent alors définies et approuvées. Washington donna son feu vert à la Syrie pour éliminer le Général Aoun, dernier opposant notoire à l'accord de Taëf. L'Amérique a offert le Liban à la Syrie en échange de l'alignement de celle-ci à la politique américaine dans la crise du Golfe.

Le 13 octobre 1990, l'aviation syrienne bombarda la zone libre du Liban en faisant des centaines de victimes. Le Général Aoun se rendit à l'Ambassade de France pour y conclure un cessez-le-feu. Il remarqua alors qu'il était tombé dans un piège. Afin d'éviter un bain de sang, il ordonna à ses troupes d'arrêter le combat. Plus d'un an après, il fut autorisé à partir en France.